Paul-Jacques Bonzon : à l’ombre des séries, des œuvres singulières

La partie la plus connue de l’œuvre de l’instituteur-écrivain Paul-Jacques Bonzon a été remise en lumière grâce au colloque « Les Compagnons de la Croix-Rousse : qu’est-ce qu’une série culte ? », organisé en juin 2016 par Anne-Marie Mercier et François Quet à l’université de Lyon et à l’ESPE. L’objectif était alors de contribuer à mieux cerner les caractéristiques d’écriture d’une série pour jeune public amateur d’énigmes policières, à mieux comprendre la réception d’un long succès, dans le contexte des Trente Glorieuses, et jusqu’aux rééditions aujourd’hui. 

La conclusion de ce colloque, dont les actes sont en cours de publication, avait mis l’accent sur un revers du succès des six compagnons : l’oubli avec le temps des œuvres de Bonzon écrites sans intention de les inscrire dans une série. La journée d’études sera consacrée à ces œuvres, dont Yves Marion a dressé une liste à l’occasion de son travail publié en 2008 sur la vie, l’œuvre, et la carrière de l’auteur : De la Manche à la Drôme : Itinéraire de l’écrivain Paul-Jacques Bonzon, instituteur et romancier pour la jeunesse (Eurocibles).

Les œuvres qui ont permis à Bonzon de décrocher le Second prix Jeunesse en 1953, le prix Enfance du monde en 1955, le Grand prix du Salon de l’Enfance en 1958, sont des ouvrages singuliers. Du Gui pour Christmas (Bourrelier, Marjolaine, 1953), Les orphelins de Simitra (Hachette, Idéal-Bibliothèque, 1955), L’éventail de Séville (Hachette, 1958) resteront uniques. Les premiers romans, Loutzi-chien et ses jeunes maîtres (Bourrelier, 1945), Delph le marin (Sudel, 1947), ou encore Le Jongleur à l’étoile (Hachette, 1948), seront réédités jusqu’à la mort de Bonzon, en 1978, en même temps que croît le succès des séries (Les six compagnons, La famille HLM, Diabolo le petit chat). Décision d’éditeur ou désaffection du public ? Relire cette part de l’œuvre de Bonzon permettra d’éclairer l’histoire du développement de la littérature de jeunesse en ces décennies des Trente Glorieuses.

La reconnaissance des qualités littéraires de l’auteur par les prix qui sont alors les plus représentatifs des années cinquante nous incite à nous interroger sur les attentes du public de l’époque et la façon dont Bonzon a su y répondre : par les thèmes traités, par l’inscription des faits dans une réalité sociale, historique ou géographique.

Menant en parallèle une carrière d’instituteur, comment l’écrivain Bonzon équilibre-t-il didactisme inhérent aux productions pour la jeunesse, droits de la fiction, et désirs du public d’être diverti ?

Relire Bonzon aujourd’hui, en le comparant aux romans contemporains, comparer les rééditions éventuelles, ou les décisions éditoriales de constituer des recueils, permettront aussi de préciser la place du romancier.  C. Prévost  et A. Gille Comte-Sponville


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